17 août 2012

Jasika Nicole : paroles d'une femme engagée

Cet extrait (librement traduit - (c) Xeen) du blog de Jasika Nicole, How to Closetalk, résonne avec les préoccupations d'un autre comédien de Fringe, Lance Reddick [voir ici].

Je commencerais en disant que parler c'est AGIR. Rester passif est très négatif quelque soit le mouvement. Cela vaut pour toutes minorités ethniques, les transgenres, les gays, etc.
Il faut être conscient du problème pour en parler. Il faut qu'une communauté de gens avec les mêmes problèmes puisse partager ses idées dans un espace sûr pour grandir. Cela n'arrive pas du jour au lendemain. 
J'ai grandi en Alambama dans une communauté blanche. Je n'avais que très peu de connaissances de couleur et encore moins d'amis blancs qui comprenaient mon problème et étaient capables d'en parler. Le racisme à Birmingham est très très très fort, on avait fini d'en parler avant de commencer.

A l'époque, on n'avait pas Internet. Les adolescents n'avaient pas d'espace de liberté pour discuter de la sous représentation des minorités dans les media, à la télévision ou au cinéma. C'était difficile de faire reconnaître ce genre de revendication et encore plus de trouver un soutien.
Toutes les conversation que j'ai eu au lycée ont été le fondement d'autres conversations que j'aurais plus tard à l'Université à New York. 

Aucun mouvement ne commence sans solidarité entre ses membres
Aucun mouvement ne commence sans un dialogue en profondeur
Aucun mouvement n'avance sans la PAROLE


Rien n'est possible sans le pouvoir. Mais ce n'est pas la peine d'être cadre à la télévision pour avoir ce pouvoir. Issa Rae a écrit et joué ses propres séries pour YouTube (“Awkward Black Girl”) ou Franchesca Ramsey qui aussi sur YouTube s'est servi de son talent d'écriture pour attirer l'attention sur le racisme ordinaire. Dee Rees a réalisé un film et un court sur la difficulté de trouver l'équilibre pour une jeune noire gay face à sa famille et au monde (Pariah). 

Si vous n'avez pas de talent particulier, il reste le boycott des séries ou des films qui refusent la mixité ou encore la création de groupes de pression sur Internet. Et peut-être qu'un scénariste pourrait écrire un Mad Men noir avec très peu de rôles pour des acteurs blancs qui ne seraient que des faire valoir. Difficile d'imaginer l'impact de ce type d'actions mais elles serviront de catalyseurs à encore plus de discussions. Les voies empruntées pour qu'on voit les minorités de toutes les couleurs à la télévision sont innombrables autant aux États-Unis que dans le monde. Il n'y a pas assez de décideurs de couleur. Ce manque de mixité ne reflète pas la population et explique la dichotomie de la représentation des minorité à l'écran.

Je suis reconnaissante qu'on m'ait choisie pour jouer dans une série. Mais je crois qu'aujourd'hui, le racisme est en quelque sorte institutionnalisé, c'est normal que cela transparaisse à la télévision. C'est l'héritage de centaines d'années d'inégalité qui sont réduites à une exposition plus subtile et nuancée à l'écran à tel point que les gens n'en sont pas conscients. Je suis en bas de l'échelle, je n'ai pas de voix. Il faudrait que je produise comme Shonda Rhimes ou Jada Pinkett. De façon plus pragmatique, le plus simple pour moi en ce moment, c'est tout simplement d'en parler autour de moi. de raconter mes propres histoires qui mettent en évidence les luttes que des gens comme moi doivent mener. J'écris cette bande dessinée qui parle d'une jeune Black gay et une autre qui parle de ces deux filles qui tombent amoureuses l'une de l'autre. Cela pourrait devenir un film, pourquoi pas ?  Il suffit qu'une seule personne les lise et qu'elle en tire profit pour elle-même pour que ce soit pertinent. 

Parler, c'est le fondement des changements importants qui vont avoir lieu plus tard. Je n'ai pas eu la chance de grandir dans une communauté où cette parole existait. Aujourd'hui, je peux apporter ma pierre à l'édifice et aider les autres à faire partie d'une communauté où ils sont entre amis qui partagent les mêmes idées. Si jamais j'ai un jour une fille, je sais qu'elle grandira avec ses deux mamans dans un environnement où on encourage la parole, dans lequel elle aura un soutien et l'amour nécessaire pour développer sa faculté de voir ce qui est injuste dans le monde et où elle sera libre de formuler ces propres choix. J'espère qu'elle grandira dans un environnement où penser que changer le monde n'est pas une utopie impossible. Pas comme ce que j'ai moi-même vécu.


And THAT.IS.ACTION.

[sugarbootypootie/tumblr]
 

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