11 novembre 2012

Réflexions de mi-saison

Voilà, difficile d'y croire, mais nous sommes déjà arrivés à mi-parcours. Plus que 6 vendredis avant que ne disparaisse du petit écran une des séries les plus brillantes et inventives de la télévision. Pourtant, si je disais que ces six épisodes m'ont déçue, je serais en deçà de la vérité. Car ce qui serait parfaitement convenable, agréable à regarder en temps ordinaire et d'une inventivité folle à l'aune de ce qui se fait en général à la télévision, n'a pas sa place dans cette dernière saison.

Le temps presse. La décision des producteurs de lancer leurs personnages dans une chasse au trésor m'avait dérangée dès le départ. Quand on veut reconstituer un puzzle, on a besoin de temps. Or, avec 13 épisodes au lieu de 22, le temps est justement ce qui fait le plus défaut. La famille Bishop et ses collatéraux, exemple moderne d'une tragédie grecque qui ne peut par définition bien finir, est en roue libre depuis la rentrée.

Un des atouts de la série, Olivia Dunham, au moment où sa présence est non seulement nécessaire mais indispensable, est reléguée au second plan. Anna Torv, grâce à ses multiples incarnations d'un personnage de légende, a permis à Fringe se hisser au panthéon des séries culte. Boostée au Cortexiphan©, arrivée au pinacle de son potentiel, elle faisait la saison dernière dans Big Bang une démonstration extraordinaire de quelques uns de ses talents en contrôlant Peter comme une console de jeu vidéo. La mort répétée d'Olivia conférait au personnage une aura réservée à bien peu de personnages féminins. Elle est aujourd'hui confinée dans un personnage digne des pires clichés sous prétexte qu'elle accepte d'exprimer ses sentiments et d'y réagir. Femme forte ou sentimentale, comme si l'un excluait forcément l'autre. Plus dure est la chute.

Autre atout majeur, Walter Bishop. Lobotomisé d'entrée par un méchant caricatural, le capitaine Widmark, il n'est plus que l'ombre de lui-même. C'est une façon d'exploiter le personnage qui pourrait être intéressante à condition de lui donner quelque chose à faire. Or, jusqu'à ce 6e épisode, John Noble est cruellement absent. Le rôle qu'on lui fait jouer dans La chute de la maison Escher ne fait pas avancer la problématique Fringe d'un iota. Cette plongée dans la psyché d'un Walter prêt à toutes les extrémités pour sauver son univers des Observateurs© est certes intéressante mais lui manque les ingrédients nécessaires à une dernière saison. Certes, il subit les conséquences de la chirurgie qu'on lui impose dans Armée secrète, mais Walter n'est-il pas un génie ? N'est-il pas supposé corriger le tir puisqu'il connait la cause, les effets et toutes les conséquences de cet état de fait ? Cette perpétuelle remise à zéro du compteur dessert le personnage qui ne s'en sort indemne que grâce à l'immense talent de son interprète.


Pendant que Walter régresse, Peter est en pleine évolution. Propulsé par une rage destructive, il s'est lancé dans une mission d'annihilation avec la vengeance pour unique justification. Comme je l'ai répété à maintes reprises, le potentiel de Peter n'a jamais été exploité. Je doute que le transformer en Robocop change la donne. Car se transforme-t-il vraiment en Observateur après l'implantation de cette puce ? Pourquoi aucun membre de la Résistance n'y a-t-il pensé en 20 ans de lutte contre les Occupants chauves ? Les Observateurs présents en 2036 sont-ils les seuls à bénficier de cette technologie ? Le Cortexiphan a-t-il un rôle à jouer dans l'équation ? Beaucoup trop de questions restent encore sans réponses. On sait que Peter n'hésite jamais à se lancer tête baissée dans toute entreprise vouée à l'échec sans réfléchir aux conséquences. S'il est déterminé à reproduire le "péché originel" de Fringe, pourquoi le fait-il seul alors qu'il dispose d'une infrastructure et de sa famille pour l'épauler ? Cette démesure, cette arrogance, cet orgueil, l'hybris dont parle Walter dans la version originale, est-elle finalement la marque de fabrique de la série ?

Le père et le fils subissent donc tous les deux un changement drastique qui s'avérera sûrement fatal. Ils ont tous les deux perdu un membre de la jeune génération et cette tragédie les a marqués de façon irréversible. Walter redevient celui qu'il voulait abandonner derrière lui, ce génie du mal prêt à tout pour arriver à ses fins. Peter se transforme en quelqu'un ou quelque chose de futuriste et imprévisible pour d'autres raisons, perdant son humanité en cours de route. Le caractère irrévocable de ce postulat fait que Fringe, en dépit de ses travers, demeure une grande série. La quête de Peter ne peut se solder que par le martyre ultime. Walter atteindra-t-il la rédemption en se sacrifiant pour sauver Peter ? Olivia surprendra-t-elle tout le monde en les coiffant au poteau ?

Ou bien cette saison raccourcie est-elle une démonstration de ce qui pourrait encore être exploité et l'opportunité pour les producteurs de revendre Fringe à un autre network comme la rumeur le laisse penser ? Sincèrement, j'espère que non. J'espère que les producteurs gardent dans leur manche tous leurs secrets dans l'optique d'un bouquet final qui dépassera toutes nos espérances. Avec Through the Looking Glass and What Walter Found There, la série est sur la bonne voie mais a manqué d'ambition. Ambition qu'elle pourrait bien retrouver dans les 7 épisodes à suivre.

16 commentaires:

  1. Dans l'épisode (21ème je crois de la saison 4) Rebecca explique à Peter et Olivia que les observateurs ne sont pas naturellement si fort mais qu'ils sont aidés par la technologie et ensuite elle tire sur September... Nous sommes en 2012... cela répond t-il à la question que tu te poses "Les Observateurs présents en 2036 sont-ils les seuls à bénficier de cette technologie ?"
    Heureusement pour moi, j'adore cette saison et je savoure chaque épisode non pas une mais plusieurs fois par semaine! J'aimerais reprendre tout ce que tu as écrit ci-dessus et dans ta dernière critique, tu te doutes bien que je ne suis pas d'accord... mais je dirai simplement quel dommage! J'espère que les prochains épisodes seront à ton goût!

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    1. ma question était plus rhétorique qu'autre chose ;)

      quant à la saison en cours, je ne la déteste pas, bien au contraire ! d'ailleurs si tu prends le temps de faire la moyenne des notes que j'ai données pour les 6 premiers épisodes, tu arrives à 7,33/10...

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  2. Le postulat finale de la série est qu'à la fin, Peter et Olivia soit dans le parc avec Etta qui cours vers eux. Cela veut forcement dire un retour en arrière, un nouveau reboot. Dans Fringe, il n' a jamais eu de reboot sans sacrifice d'un des 3 personnages principaux. A la fin de la saison 3, peter se sacrifiait, je pense qu'à la fin de la saison 5 ce sera encore lui qui finira en martyr. On appelle ça "la seconde venue" dans la religion chrétienne. Les références à matrix sont tellement visible, que le contraire serait étonnant.

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    1. si c'était la fin, je serais très déçue.

      de mon point de vue, la fin se passe en 1985.

      September (l'enfant sauvage briefé en 2036) n'est pas intervenu, Walter n'est pas allé chercher Peter et le regarde fêter son anniversaire avec ses vrais parents grâce à l'écran quantique.

      rien n'est jamais arrivé ;)

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    2. La référence à Matrix m'a sauté aux yeux à la fin du dernier épisode : ce que voit Peter est semblable à ce que voyait Néo, sauf que le vert de la Matrice a laissé la place au bleu dans Fringe.

      Autre réflexion : s'il faut annihiler les observeurs, Peter en étant un, il devra se sacrifier.

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    3. Xeen, je plussois cette théorie. La boucle serait bouclé. Fringe mériterait une fin comme ça.

      Qu'advient t-il de 2036 alors ?

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    4. disons que les Observateurs n'ont pas détruit leur monde et que la purge n'a pas existé....

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  3. J'ai trouvé cet épisode un peu moins bon que les précédents. Peut être parce que le personnage d'Olivia est un peu en retrait. J'espère que nous aurons l'occasion au cours des épisodes suivants de la retrouver un peu plus présente et qu'elle va nous réserver quelque chose d'inattendu.

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  4. Je remarque que bien souvent les gens déçus par cette première moitié de saison sont surtout des fans d'Olivia.
    Très franchement si vous regardez la série pour un personnage en particulier vous passez à côté de l'essence même de Fringe.
    Le trio ne fait qu'un et il est normal d'avoir des passages ou un tel ou un tel est moins présent... puis là encore Olivia est de loin celle qui a le plus rarement été mise sur le bas côté durant ces 93 épisodes.
    Moins aimer la série à cause d'une tournure scénaristique étrange c'est logique mais si c'est juste parce que Olivia ou Peter ou Walter n'a pas assez de minutes à l'écran à votre goût c'est juste ridicule...

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  5. Je rejoins Xeen sur 85. Même si je souhaite la destruction totale.

    Et si finalement, tout le monde mis à part les spectateurs, étaient au courant d'un rachat ? nous avons des rumeurs, mais il est tout à fait possible que les papiers sont sur le point d'être signés.

    Olivia est certes en retrait. Personnellement, je n'y vois aucun inconvénient x)

    Xeen, j'ai l'impression que notre "rêve" sur l'origine des Observateurs commence à vraiment tenir la route ;)

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  6. Amen pour ton commentaire Xeen. Je le dis ouvertement, j'adore cette série mais cette dernière saison est une totale déception pour moi. Je regarde encore mais le plaisir n'y est plus. J'attends juste de savoir comment cela va se finir (et j'espère d'ailleurs que la série ne sera pas reprise, il faut s'arrêter au bon moment et ne pas aller trop loin). En attendant, je me console avec la saison 3 qui restera pour moi la meilleure.

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  7. Moi, pour la fin, je la sens très controversée (j'ai l'habitude, depuis BSG 2003).

    Pour moi, Peter doit se sacrifier, c'est certain. Mais en ce qui concerne la "naissance" même des Observateurs, on sait pas s'ils peuvent avoir une descendance... Broyles étant pris entre deux feux, il va y passer aussi.

    Pour ma part, je suis persuadée que Windmark est une nouvelle génération d'Observateurs, reste à savoir comment elle est née et pourquoi.

    Quant à Olivia, je sais pas ce qu'elle pourrait devenir, peut être adopter l'enfant sauvage. et ainsi que le groupe de 12 (maintenant 11 sans August) Observateurs puisse exister sans détruire la terre. Après tout, les Observateurs ont toujours été là dans tous les événements, il s'en produira aussi dans le futur, donc les 11 observateurs restants doivent rester en vie. Je pense que le rôle d'Olivia est d'assurer la survie des 11 observateurs, même si elle n'a plus de cortexiphan. C'est ce côté guide et maternel qui a rassuré l'enfant sauvage dans la saison 1. Et à mon avis, ça jouera un rôle important dans le final.

    Pour résumer ma fin de Fringe c'est : les Observateurs première génération (September inclus) sont encore là ceux de la seconde détruit, mais Peter y laissera sa peau, c'est une certitude (la physiologie humaine normale ne peut pas supporter un tel amont d'information et de telles capacités). Ce n'est pas une fin 1985 que je vois, mais un effet miroir de 1985 qui se déroulera en 2036. Walter, aucune idée mais à mon avis il sera effondré c'est certain, mais Olivia en mère célibataire s'occupant du futur September.

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    1. Oops j'ai oublié une chose, suis-je la seule à trouver l'absence de September (Michael Cerveris et non Spencer List) vraiment bizarre ? Il est où ? Il lui est arrivé quoi ?

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    2. September est techniquement "mort", au moins à un moment donné. Reviendra-t-il ? je l'espère bien !

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    3. Moi aussi il me manque beaucoup!

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  8. Peter devient windmark?

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