8 mars 2013

Chris Tilton : "Fringe m'a beaucoup touché"

Chris Tilton a écrit la musique de Fringe depuis le début de la série. Si J.J. Abrams a composé le générique et Michael Giacchino, le thème, c'est bien à Tilton que on doit tout le reste, de l'habillage à l'orchestration.
Le musicien qui vient de sortir la musique de Sim City 3 n'est pas étranger au monde de la télévision puisqu'on avait déjà vu son nom au générique d'Alias, Undercovers ou Alcatraz, d'autres séries d'Abrams.
Il admet qu'il n'a pas d'horaires type.
"Cela dépend vraiment de ce sur quoi je travaille. Pour Fringe, je m'y mettais et je bossais dessus jusqu'à ce que j'ai fini. On me donnait la vidéo et j'avais quatre jours pour tout faire. En pratique, je passais trois jours à écrire et une journée à enregistrer."
Travailler sur la série lui a apporté énormément de satisfactions.
"C'était vraiment intéressant. J'avais été l’assistant de Michael Giacchino au début d'Alias. À la fin de la série, c'est moi qui écrivais toute la musique. Mais cela voulait dire réutiliser les thèmes et le son qu'il avait impulsé au départ. Alors qu'avec Fringe, quand je suis arrivé, on cherchait encore ce qu'on allait faire. On m'a demandé de lui donner une apparence. Donc j'ai tout repris à la base et j'ai fait ce qu'il fallait pour que ça marche."
Bien qu'il ait travaillé sur Star Trek, Mission Impossible et Super 8, c'est ce qu'il a fait pour Fringe que Tilton préfère, sans doute possible.
"C'est évident que ce que j'ai fait avec Fringe dépasse de loin tout le reste. J'ai tout inventé du son de la série dès son commencement. J'ai peaufiné ce son au fur et à mesure pendant cinq ans en le faisant évoluer en même temps que les personnages. C'est une aventure qui m'a beaucoup touché. Voir qu'une série peut durer pendant cinq ans et finir comme ses créateurs l'avaient souhaité et faire partie du voyage, c'est une opportunité réservée à peu de compositeurs. Je crois que j'ai eu beaucoup de chance de pouvoir non seulement écrire la musique d'une série comme celle-là mais aussi une musique qui a un rôle, tout à fait comme dans un film. Ce n'était pas simplement une musique d'ambiance."
"Vous avez des séries qui en sont à leur 11e saison et bien souvent, il y a eu je ne sais combien de compositeurs parce qu'ils ont fini par se lasser et sont partis. C'est clair que c'est des boulots stables mais au bout de neuf saisons, on fait toujours la même chose. Avec Fringe, c'est différent, j'ai pu explorer tellement d'aspects différents, tous dignes d'intérêt. Cela se ressent forcément dans la musique."
Si Tilton n'a pas caché qu'il adorerait composer pour le prochain Star Wars, cela ne l'empêche pas d'étendre le champ de ses ambitions. Car s'il est musicien, il est aussi un grand fan de jeux vidéos. Le rapprochement de J.J. Abrams et Gabe Newell (voir ici) l'a enthousiasmé.
"C'est bizarre parce que j'ai travaillé sur Fringe et que je fais partie du staff de Bad Robot. Quand je vois J.J. Abrams devenir un acteur incontournable de tout ce que j'adorais quand j'étais gamin comme Mission Impossible et Star Wars, c'est fou. Simplement d'être orchestrateur pour Mission Impossible 3 c'était complètement génial."
"En plus, j'ai toujours été un grand fan de ce que fait Valve. Je sais bien qu'ils ont leur propre staff pour la musique des jeux, donc ça ne sera pas forcément faisable, mais leur manière de développer les jeux et de faire marcher leur société, c'est une véritable source d'inspiration. C'est ce que j'aimerais faire si je fondais ma propre société. Ce qui fait que s'ils avaient un jour besoin de quelqu'un, je serais partant, c'est évident. Et puis il y a aussi [le concepteur de BioShock] Ken Levine, j'adore ce qu'il écrit. Quand le jeu est sorti, je me suis dit que j'aimerais vraiment bosser avec lui."
Mais composer pour la télévision ou le jeu vidéo sont deux choses très différentes.
"Ce n'est pas le même rythme de travail. A la télévision, j'ai trois ou quatre jours pour écrire entre 20 à 30 minutes de musique. Pour un jeu vidéo, j'ai quatre mois, quelquefois plus, pour réfléchir et écrire deux ou trois heures de musique. Vous avez le temps de vous poser, de réfléchir, d'essayer des choses différentes pour voir ce qui marche. À la télévision, il y a une ligne narrative, il faut tenir compte du jeu des acteurs, de l'impact émotionnel de leur performance. C'est forcément plus satisfaisant dans le temps. Je ne dis pas que c'est impossible avec les jeux vidéos mais la plupart n'en sont pas encore là."
"Au fond, le but est le même : aider la narration. Si l'on compare les deux, pour un jeu, c'est incroyablement plus simple. Vous avez toutes ces longues phrases qui reviennent en boucle et tout un tas de petits motifs quand le gameplay est plus interactif. Et puis on revient aux longues phrases. L'écriture est terminée bien avant que le jeu ne soit finalisé. On écrit pour une idée, en fait. Alors que pour un film ou une série, on a le produit fini : mise en scène, éclairage, montage... Les comédiens sont rentrés chez eux."
La musique de SimCity était déjà très connue mais il n'y avait pas eu de nouveau jeu depuis longtemps.
"SimCity 4 date de 2003. Les sensibilités musicales ont changé depuis. On m'a demandé de ne pas refaire ce qui avait déjà été fait avec les premières versions. Donc je ne suis pas revenu en arrière. Je n'ai pas plongé dans les banques de données pour m'en inspirer. En fait, personne n'avait travaillé sur ce jeu depuis un moment et en faire un nouveau permettait de le repenser complètement. Ce concept s'appliquait aussi à la musique."

Souvent, le problème avec un jeu comme SimCity, c'est que les gens y jouent pendant très, très longtemps. Au risque que la musique devienne rapidement très répétitive.
"Quand vous avez de la musique en continu, et je ne parle pas seulement des jeux mais aussi des films, au bout d'un moment, c'est juste un bruit de fond. Elle ne s'arrête jamais donc vous finissez par ne plus y faire attention. J'ai toujours dit que tant qu'à faire, je préfère pas de musique que trop de musique."
"Je n'ai testé que le bêta, donc je ne peux pas juger mais je sais qu'il y a pas mal de moments sans musique. J'ai aussi écrit des morceaux dont les arrangements sont différents suivant le mode. Si vous dézoomez, l'orchestration sera plus riche, comme ce qu'on entend avec un grand orchestre. Si vous êtes dans un mode intermédiaire, vous entendez davantage les instruments, comme la guitare par exemple. Et plus on zoome, plus on entend les bruits de la ville et forcément beaucoup moins la musique."
Aujourd'hui, beaucoup de gens écoutent la musique des jeux sans y jouer, comme ils écouteraient la bande originale d'un film.
"Pour un jeu vidéo, on n'écrit pas souvent quelque chose de narratif. Au final, cela ressemble davantage à une série de chansons. Donc c'est logique que les gens écoutent les B.O. des jeux parce qu'ils n'ont pas besoin du contexte. Alors que la musique d'une série correspond vraiment à ce qu'on y voit. Si vous écoutez la B.O. d'une série que vous ne connaissez pas, ça ne veut rien dire."
[source : The Verge]

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