10 mars 2013

Retour sur les effets spéciaux de la deuxième saison avec Jay Worth

Une histoire de fous (Grey Matters)
Dans les séries de J.J. Abrams, on est confronté à des images et des concepts de plus en plus fous généralement en cours 2e saison avec un public déjà installé.

C'était aussi le cas avec Fringe, par exemple quand Olivia Dunham revient de l'univers parallèle au début de la 2e saison et que la bataille avec les métamorphes commence. William Bell (Leonard Nimoy), le mystérieux président de Massive Dynamic, a un rôle prépondérant dans cette saison puisqu'il est un élément clé pour la compréhension des deux univers.

Le responsable des effets spéciaux de la série, Jay Worth qui est un familier de l'univers de Bad Robot puisqu'il a travaillé non seulement sur Fringe mais aussi Alias, Lost, Alcatraz, Person of Interest, Revolution et même sur Cloverfieldrevient sur cette période charnière de la série.
"Il est évident que nous faisions face à certains challenges quand la production s'est déplacé de New York à Vancouver mais c'était aussi le cas pour les scénaristes. Jeff Pinker est resté la constante en tant que showrunner avec J.J. Abrams, Bob Orci et Alex Kurtzman qui supervisaient d'en haut. Mais d'un coup, nous avons eu tout un tas de nouveaux scénaristes et une nouvelle équipe de production au Canada. Donc on avait un semblant de continuité d'un côté et pas du tout de l'autre. C'est normal. Il a fallu tout recommencer de zéro à partir de ce moment là en fait. Mais comme nous avons pu garder nos fournisseurs attitrés, comme Zoic et Eden FX, je pense que la transition n'a pas été aussi chaotique qu'elle aurait pu l'être de la première à la deuxième saison même si nous avions une nouvelle équipe de production à Vancouver et forcément un ressenti différent."
"Dès le départ, nous avons cherché à obtenir un effet à la Cronenberg dans notre façon de montrer ce qui se passait à l'écran. On avait toutes ces choses incroyables et en même temps, il fallait donner à l'ensemble et à l'environnement d'un point de vue cinématique un aspect qui demeure naturaliste. C'est le domaine des effets spéciaux. Nous avons eu la chance d'être complètement impliqués au niveau de l'écriture et de la production. Cela nous a permis d'insuffler un caractère spécifique à la série tout en restant créatif. Tout le monde parle même langage dans Fringe quand il s'agit de définir le ton et et faire progresser l'histoire. Il arrive même que les scénaristes écrivent la mort d'un personnage avec un traitement qu'il décrivent 'à la façon Fringe'. Tout le monde sait ce que ça signifie : 'Comment faire pour tuer un tel ?' Ils nous rencontrent et c'est à nous de trouver les idées ou les créatures avant même que les studios n'aient eu vent de l'histoire. Cela rend le processus créatif bien plus agréable et satisfaisant."

Médecine alternative (Snakehead) - (c) FOX
Car quoiqu'on voit à l'image, il faut rester crédible. Andrew Orloff (Once Upon a Time, True Blood), responsable des effets spéciaux chez Zoic, se fait l'écho des préoccupations de Jay Worth. Il faut que tout paraisse vrai et réel.
"En gros, cela veut dire qu'aucune image ne doit paraître trafiquée ou ressembler à un effet spécial quel qu'il soit. Un de nos gros effets, le parasite qui rampe hors de la bouche du personnage, est tourné comme avec une steadycam et s'intègre parfaitement au jeu de l'acteur. Pourtant il faut qu'on voit les tentacules de la créature sortir de sa bouche et en même temps les déformations au niveau de son estomac, de sa poitrine et de son cou."
"Nous avons dû breveter un workflow, ici il s'agit de l'exécution d'un transfert de points 2D en 3D. On transfère à la fois le mouvement de la caméra et la performance du comédien en 3D pour pouvoir déformer et modifier ces mouvements de telle manière qu'il puisse y avoir une interaction. Cela rend l'ensemble réaliste et aussi naturel que possible. Pourtant cela implique l'utilisation de beaucoup de filtres optiques et la création d'une ambiance qui fait oublier qu'il s'agit d'effets spéciaux."
Médecine alternative (Snakehead) - (c) FOX
Jay Worth considère que la participation de Todd Masters (Sanctuary, True Blood) a été un des plus de la 2e saison.
"Todd Masters FX s'occupait de l'aspect pratique sur le terrain. Cela nous a simplifié la vie. On savait que tout serait parfait. Le travail qu'on pouvait faire grâce au parasite qu'il avait créé pour le 9e épisode était génial et nous avons pu obtenir un meilleur résultat en post-production grâce à lui."
Pour un autre épisode de la saison, l'inspiration est venue à Worth d'une expérience familiale : la crémation d'une personne chère.
"Réaliser l'homme réduit en cendres présentait d'autres problèmes. Nous voulions nous servir d'un maximum d'éléments réels mais nous n'avions pas le temps de faire de simulations. Il fallait que les cendres aient l'air vrai. C'est ce qui se passe après, la désintégration du personnage en post-production qui fait que ça fonctionne. La moitié de son corps tombe en poussière. C'était extraordinairement compliqué à maîtriser. C'est un des effets les plus complexes qu'on a eu à réaliser en terme de superposition des calques et de traitement des images composites. Il a fallu que je tourne certains des éléments moi-même pour y parvenir."
Pour Orloff et Zoic, cela s'est avérée une véritable gageure.
"Au départ, on devait le faire en vrai mais la cendre ne tombait pas de manière naturelle. Il a fallu qu'on fasse des prises de chacun des éléments séparément et qu'on les recompose. Mais il a fallu aussi recréer des morceaux en images de synthèse pour que ça marche. On a utilisé un cyberscan du comédien, tous les éléments que nous avions réalisés comme base de départ et un matte painting qui révélait les fissures sur son corps. À tout ça, il faut ajouter des morceaux en 3D de son corps déjà à moitié désintégré, des particules de taille moyenne en 3D pour les cendres en suspension, et des particules minuscules, toujours en 3D, pour le reste des cendres qu'on voit autour. Et là, la tête tombe et se désintègre en touchant le sol. Donc on avait en plus une tête en 3D qu'il fallait faire tomber quand elle se détachait du corps. C'était très très compliqué. On a dû faire beaucoup de recherche et développer des techniques. On a fait la 2D dans After Effects, le lighting dans Maya et le rendu dans Maya/Mental Ray."
 La formule (Earthling) - (c) FOX
Dans le quinzième épisode cette deuxième saison, L'histoire de Peter (Peter), il a fallu rajeunir William Bell (Leonard Nimoy) et Walter Bishop (John Noble) de 25 ans. Zoic a effectué ce rajeunissement en se servant de calques dans After Effects pour enlever certains détails de la composition.

"Les graphistes de Zoic ont dû trouver un juste équilibre," explique Worth. "Il fallait éviter que les acteurs aient l'air de porter des masques en plastique. Il ne fallait pas trop étirer ou déformer. Le morphing devait les rajeunir mais ça reste naturel."


"On enlève les calques qui ont la fréquence la plus haute, on fait une passe pour adoucir le tout et on ajoute un peu de rotoscopie sélective pour que ce soit homogène," ajoute Orloff. "On a fait aussi un peu de motion-tracking pour modifier légèrement la forme des visages."

Tous se sont évidemment perfectionnés dans leur art à force d'expérimentations, mais pas seulement. Ils sont devenus plus efficaces mais aussi plus réactifs.

"Maintenant, quand on nous demande de réaliser une créature ou de la montrer quand elle rampe sous la peau, on sait exactement comment faire. Nous sommes devenus extrêmement performants aussi bien dans nos échanges avec Zoic qu'avec les scénaristes. Nous avons vraiment établi une relation de confiance."

[source : Animation World Network]

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