9 avril 2013

Critique de "Dead Man Down" : le film qu'on aimerait aimer

Dead Man Down, scénarisé par Joel Howard Wyman, ancien showrunner de Fringe, à qui on doit Le Mexicain (Gore Verbinski - 2001) est sorti en France le 3 avril dernier.

Réalisé par le danois Niels Arden Oplev, courtisé par Hollywood depuis le succès planétaire de la série Millénium adaptée de la trilogie romanesque éponyme de Stieg Larsson, le film n'a pas rencontré le succès espéré aux États-Unis (10,625 millions de dollars de recette pour trois semaines d'exploitation).

Il y a fort à parier qu'il en sera de même en France avec seulement 141 écrans sur l'ensemble du territoire. D'ailleurs, le film ne faisait que 6 958 entrées le jour de sa sortie en salles.


En tête de distribution, Colin Farrell qui prouve une fois de plus après l'échec public de 7 psychopathes de Martin McDonagh le 30 janvier dernier, que son nom n'attire pas les foules. Pourtant, il est très convaincant dans un rôle casse-gueule. On se rappelle de sa prestation dans les sous-estimés Bon baisers de Bruges et London Boulevard. C'est de ce niveau. Dans Dead Man Down, il interprète Victor, un immigré hongrois qui venge sa famille assassinée, et Wyman en fait un héros romantique à la Musset mâtiné d'un rien de Macbeth.
Noomi Rapace retrouve ici son réalisateur de Millénium. Son physique très particulier convient parfaitement à cette histoire trouble et compliquée. Son personnage, Béatrice, veut aussi se venger. Le hasard lui fait rencontrer Victor. Elle ourdit un plan qu'aurait aimé Agatha Christie (période Le crime de l'Orient Express). Pourquoi lui adjoindre une mère française, sourde et folle (Isabelle Huppert, dans son premier rôle américain depuis La porte du paradis de Michael Cimino, insupportable) ? Mystère.
Quant à Terrence Howard et Dominic Cooper, ils font le minimum syndical, le premier dans la mesure et l'autre dans l'excès, mais en dépit de leur exposition au cinéma, sont-ils vraiment capables de plus ?

Joel Wyman s'est lancé avec l'écriture de ce scénario qu'il a porté pendant six ans dans une entreprise très différente de Fringe. On reconnaît cependant ses obsessions. Immédiatement la palette qu'il avait déjà déclinée pour la série saute aux yeux : relations humaines, fatalité et bien sûr espoir. En dépit de critiques de presse généralement positives, il faut bien avouer que cette histoire de vengeance est extraordinairement complexe, sans doute trop pour un film grand public. Néo-polar assumé, Dead Man Down est un film noir qui reprend les codes du genre par le biais d'une intrigue à tiroirs cousue de fil blanc. Comme le dit souvent Wyman, ce n'est pas tant l'histoire qui l'intéresse, mais les personnages. Malheureusement, ils manquent singulièrement d'épaisseur, même s'il laisse planer le doute sur leurs réelles motivations et préfère mettre en avant leur paranoïa. Mais l'hésitation de Wyman pour cette série B, entre machination diabolique et histoire d'amour impossible, déséquilibre le film que la mise en scène indigeste d'Oplev n'aide pas. A trop vouloir loucher sur Hitchcock, il se perd en route. Au point de tomber dans le thriller musclé dans sa conclusion.


Alors qu'on a du mal à suivre le fil d'une histoire à rebours qui s'amuse à embrouiller à dessein le spectateur, certaines scènes ultra-violentes pourraient bien rebuter le public lambda. Mais c'est la banalité du sujet qu'on retiendra. La vengeance est le ressort de bien des intrigues depuis la nuit des temps. La volonté de notre héros de s'immiscer dans le cercle d'un mafieux pour parfaire sa vengeance, en est un autre, cinématographique, cette fois. La touffeur du scénario, l'exacerbation des détails, la minutie du plan, tout mène à une fin tragique. Pourtant, Wyman refuse cette issue. Le film pêche en définitive par un excès d'optimisme que certains qualifieront d'hollywoodien, d'autre de mièvre.

A regarder les premières 25 minutes du film, je me suis prise à penser que c'est un roman que j'aurais aimé lire. Pas sûr que l'esthétique volontairement glauque de l'excellent directeur de la photographie Paul Cameron (Total Recall, mémoires programmées, Dos au mur) m'incline à avoir envie de voir le film qu'a pensé Oplev. Pour son premier film américain, on a la désagréable impression que Dead Man Down n'est que le catalogue de ses ambitions futures.

Détail étrange, la présence dans la bande originale de la chanson de Raphaël Éblouie par la nuit interprétée par Zaz....

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