13 octobre 2013

Jeff Pinkner et l'influence des X-Files

Pour le 20e anniversaire des X-FILES, David Duchovny et Gillian Anderson participaient ce weekend à un panel au Paley Center. Ils en ont profité pour donner des nouvelles du 3e film : "C'est le moment de donner de la voix et de montrer que vous en avez envie," a déclaré le comédien qui a révélé que Chris Carter travaillait à un scénario. Il va sans dire que les deux comédiens seraient partants !

L'ancien showrunner de Fringe revenait lui aussi il y a quelques semaines sur l'influence qu'a eu cette série séminale sur son travail, --bien qu'il n'ait hélas pas eu l'opportunité de participer à l'aventure. Sur les conseils d'un ami, Jeff Pinkner a pris le train X-Files en cours de route alors qu'il était encore un tout jeune scénariste.

"À l'époque, il n'y avait pas moyen de voir ce qu'on avait manqué. Comme tout le monde je ratais un épisode sur 4. Je n'ai toujours pas vu la moitié de la 5e saison. Je me suis rattrapé par la suite. J'ai vu les premiers épisodes des années plus tard. Je me rappelle tout particulièrement d'un épisode qui s'appelait Projet arctique [épisode 108 : Ice]. C'est à partir de ce moment-là que c'est devenu une obsession."

"Je trouvais les scénarios extraordinaires mais je n'ai jamais essayer d'écrire pour la série. C'est un genre qui m'attirait mais je n'étais pas dans les bonnes sphères à ce moment-là. Ce que je préférais, ce n'était pas la mythologie mais ce qu'on appellerait aujourd'hui des stand alone. Il y avait plusieurs choses que j'adorais : les mystères jamais résolus parce qu'en soi, c'était comme une nouvelle avec un thème différent à chaque fois. J'adorais aussi que le ton change, une semaine terreur, la suivante comédie et la 3e, du suspense. Dès le début, c'est évident qu'ils n’étaient pas prisonniers d'un format."

"J'aimais aussi beaucoup la relation entre Mulder et Scully. Les personnages étaient simples, presque des archétypes. En même temps, ils avaient une profondeur, ils étaient très développés mais tout en restant au final 'celle qui doute' et 'celui qui croit'. Avec cette architecture, tout marchait. On pouvait se permettre de faire simple, de ne faire dans la subtilité et c'est ce qui fonctionnait le mieux ! "

"Ce sont les gens de X-Files qui ont inventé le mot mythologie, cet arc qui est tellement important à la télévision aujourd'hui. Mais quand ils l'ont fait, cela paraissait anodin. Et pourtant c'est de ça qu'on se rappelle quand on pense à X-Files. Et peut-être que, finalement, les aliens n'étaient pas aussi importants que le plaisir qu'on avait à simplement regarder la série. Quoiqu'il soit, ils ont changé le visage de la télévision et rendu facile la sérialisation."

"Je crois que ce qui m'apparait le plus intéressant dans la série et la raison pour laquelle elle a si bien marché, c'est surtout parce qu'elle développait des thèmes de fond universels. Par exemple le fait de se sentir désespérément seul et le besoin qu'ont les êtres humains de créer des liens et ce qui les en empêche. Ça peut être n'importe quoi, la théorie du complot ou des peurs universelles. Ce besoin d'être à l'autre n'existe que parce que, quelque soit le contexte, on est toujours seul face à soi-même. C'est une réalité douloureuse qui sert de moteur à l'intrigue. Et puis il y avait aussi des thèmes plus intellectuels, comme la peur de l'inconnu."

"Si on doit en tirer une leçon, c'est que quelque soit le nombre d'histoire qu'on veut raconter, et quelque soit la latitude qu'on a pour le faire, ce qui importe, ce sont les fondations, quelque soit le thème majeur. Même si les téléspectateurs ne s'en rendent pas compte, les scénaristes le savent et l'exploitent à fond. C'est comme ça qu'on peut raconter de bonnes histoires parce qu'elles ont toute un lien à un certain niveau. C'est vraiment une des grandes leçons de la série."

Pourtant, contrairement à Alias ou Fringe, "ils ont inventé leur mythologie au fur et à mesure. A la fin, ils ne savent plus où ils en sont ! Mais ce n'est pas grave parce que ce n'est pas la mythologie qui les intéressait au départ. Pour Alias ou Fringe, nous savions, enfin pas en détail mais nous savions. Savoir en détail aurait ôté tout le plaisir d'écrire. Comme dirait J.J. Abrams, il faut avoir des points de repère de loin en loin. Plus on s'en approche, plus on les voit. La façon dont on s'en approche importe peu, il faut juste y arriver. Si vous continuez à avancer dans la bonne direction, normalement, vous restez cohérent. Et c'est aussi une leçon que nous avons apprise grâce aux X-Files."

"Aujourd'hui, les séries sont indissociables de leur créateur. Grâce à Chris Carter, tous les scénaristes des X-Files ont pu aborder des sujets qui les intéressaient à titre personnel. Il les surveillait étroitement mais ils avaient une liberté d'écriture totale et ils étaient vraiment brillants. On voit tout de suite qui a écrit tel ou tel épisode, que ce soit Darin Morgan [consultant de la 1ère saison de Fringe] ou Vince Gilligan [Breaking Bad]. Ce n'était pas du Chris Carter écrit par quelqu'un d'autre." 

"Des gens comme Morgan ne refont pas sans arrêt la même chose. Ce qu'ils aiment, c'est réinventer la roue. C'est plus difficile mais c'est passionnant. Il est super intelligent et son imagination est sans limite. Il comprend instinctivement que la narration n'est pas tout."

"Quand on a comparé Fringe à X-Files au début de la série, c'était à double tranchant. D'un côté, c'était très flatteur mais aussi très réducteur. Mais la Fox n'a jamais poussé dans ce sens. X-Files a eu des répercussions invraisemblables en son temps. C'était LA série de SF de référence. C'était peut-être pareil pour Star Trek ou Au-delà du réel, je n'en sais rien. Mais X-Files a marqué son époque."

"Je sais que la Fox a eu la réputation de ne pas soutenir les séries de SF. Les séries de Joss Whedon n'ont pas duré aussi longtemps que les fans l'auraient souhaité. C'était primordial pour la chaîne d'en avoir une qui marche. Ils nous ont beaucoup soutenus, parce que la chaîne aimait la série, même Kevin Reilly, son président, l'adorait. Ils ont compris qu'il fallait qu'ils démontrent qu'ils étaient prêts à faire confiance au genre. Jamais ils ne nous ont dit 'faites du X-Files' ou 'essayez que ça ne ressemble pas trop à X-Files'. De toute façon, il n'y a jamais eu de recette miracle pour réussir. À chaque fois qu'un livre, qu'un film ou qu'un groupe rencontre le succès on dit 'ce sont les nouveaux Beatles !' Springsteen était le nouveau Dylan, par exemple. C'est injuste et restrictif d'appliquer ce genre de schéma."

"Nous avons fait des allusions très évidentes aux X-Files dans Fringe, par exemple dans un épisode de la 2e saison qu'Akiva Goldsman a écrit avec moi [La traversée]. C'est clair que nous étions suffisamment prétentieux pour situer notre série dans le même univers que celui des X-Files. Mais il y en a d'autres à des auteurs de SF ou à David Bowie parce que, soyons franc, il pourrait bien être un extraterrestre et il a fait 'The Man Who Fell to Earth' et surtout parce qu'on pouvait le faire. Il reste toutefois un easter egg que personne n'a jamais remarqué..." 

"J'ai toujours pensé que Mulder et Scully ne devaient pas devenir un couple. Et nous ne l'avons pas fait pour Peter et Olivia à cause de ce qui s'était passé dans X-Files. Pour que ça fonctionne, il faut qu'entre les personnages existe un secret latent --dans le cas de Peter, c'est qu'il vient d'un autre univers. Une fois que vos personnages sont ensemble, il faut pouvoir conserver une situation de conflit. Et nous savions ce que nous allions révéler. Je ne peux pas dire que nous ne sommes pas plantés en cours de route, que ce soit dans l'intrigue ou le rythme de la narration mais il y a pas mal de choses dont nous sommes assez fiers."

"Qu'est-ce qu'être humain, c'était ça le thème de Fringe. Être humain, ça veut dire avoir des relations avec les autres, ça veut dire exister même quand on est en marge, se trouver, accepter d'être une famille, pour nous, c'était ça l'histoire. Le thème d'X-FILES, ou l'un de ses thèmes, c'est avant tout la solitude. Que Mulder et Scully soient ensemble, c'est la négation du thème de base. C'était une véritable gageure de réconcilier ces deux aspects essentiels d'X-Files."

[source : GMMR]

1 commentaire:

  1. Deux séries cultes que j'ai adorées et que j'adorerai toujours !!!

    RépondreSupprimer